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La vigne...

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La vigne...

Je suis tombée amoureuse de cette très belle vigne qui m'a emmené loin dans mes souvenirs heureux...


VIGNES EN FLEURS

Nos vignes ont fleuri ce soir, et leur odeur,
Où je ne sais quel philtre amoureux se mélange,
Flotte dans l’air ainsi qu’un souffle avant-coureur
Des ivresses de la vendange.

Étrange affinité ! Le vieux vin du caveau,
S’éveille dans les fûts, il tressaille et pétille,
Comme un vieillard pensif, qui songe au renouveau,
Lorsque passe une jeune fille…

Et moi-même je cède à cet enivrement,
Ce parfum virginal me trouble et me pénètre,
Et je le sens en moi fermenter sourdement,
Comme la sève au cœur d’un hêtre.

J’ai rempli jusqu’aux bords un verre de cristal,
D’un clair vin du pays, plein de paillettes blondes,
Et maintenant, ô fleurs du vignoble natal,
Je bois à vos noces fécondes !

L’âme du vin monte sans bruit,
Dans mon verre, en perles d’écume,
Et s’évapore dans la nuit,
Que la fleur des vignes parfume,
Mon rêve à son tour prend l’essor,
Et ses légères bulles d’or,
Montent dans mon cerveau qui fume.

O capiteux bouquet du vin,
Haleine des grappes écloses !
Pourquoi ne suis-je au temps divin,
Des antiques métamorphoses ?
Je voudrais comme un dieu subtil,
Me mêler aux sèves d’avril,
Me fondre dans l’âme des choses !…

Dans mon verre plein de liqueur,
Le ciel étoilé se reflète.
O joyeuse ivresse du cœur,
Claire ivresse, chère au poète,
Prends-moi sur ton aile, et fuyons
Au pays des illusions,
A travers la nuit violette !

Est-ce un rêve des soirs d’été ?
Ou la vigne en fleur, cette fée,
D’un baiser m’a-t-elle enchanté ?…
Son odeur me vient par bouffée,
Et je crois dans l’obscur chemin
Voir la Vendange, serpe en main,
Pieds nus et robe dégrafée.

Les coteaux sont pleins de bruits sourds,
Qu’un limpide écho me renvoie,
Sous la charge des raisins lourds,
Le vigneron chancelle et ploie,
La cuve dans le vendangeoir,
Boût, et le vin sort du pressoir,
Comme un vermeil ruisseau de joie.

Le pur sang des raisins pourprés,
Exhale partout son haleine,
Les bruns vendangeurs enivrés
S’en vont bondissant par la plaine,
Et l’on entend dans les ravins,
Comme un chœur de jeunes sylvains,
Dansant autour du vieux Silène…


Mon verre est vide. Au ciel la nuit poursuit son vol,
Et toujours cette odeur pénétrante m’arrive,
Avec le chant lointain du dernier rossignol,
Et les premiers cris de la grive.

Je m’endors, et tandis que le pâle matin,
Frissonnant, sur le front des collines se lève,
La fleur des pampres verts et le bouquet du vin
Embaument l’azur de mon rêve.

André THEURIET