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Le Moulin des Pauses dans les Cévennes

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Le Moulin des Pauses dans les Cévennes

Le Moulin des Pauses

En me baladant dans nos magnifiques Cévennes, au détour d'un virage, j'aperçois un très joli pont en pierre qui tourne avec 5 arches, une rivière coule en dessous avec une petite cascade en arrière du pont.

Je fais demi-tour et me gare sur le bas côté pour prendre en photo ce très joli paysage.

C'est un endroit calme, serein, aucun bruit sinon celui de la rivière, des oiseaux et ce jour là, le chant enivrant des cigales que j'adore.

Je m'aperçois qu'il y a un très joli moulin avec son mécanisme toujours en place sur le mur avec le canal qui conduisait l'eau.

Sur la gauche du pont on aperçoit une tour carrée en ruine, je ne sait pas ce que c'était un moulin carrée à vent, ou alors la clède (de l'Occitan Cleda, la claie) ou séchoir à châtaignes, je ne sait pas.

Je n'ait pas m'y approcher, ni aller sur le pont un panneau indique "Propriété Privée", alors je respecte et n'y descends pas. Si je vois quelqu'un je demande l'autorisation, curieuse comme je suis, mais là personne donc je ne descends pas, dommage.

J'aime beaucoup les noms qu'on donne aux moulins, le Moulin des Pauses, le Moulins des Rêves etc, toujours des noms très doux, très relaxants, on devait aimer travailler dans ces lieux.

Je n'ait rien trouvé sur ce moulin sauf, ce site que je vous mets ou on trouve quelques mots et des photos :

http://jeandler.blog.lemonde.fr/2006/10/


J'ai trouvé sur Internet un très joli poème qui pourrait faire penser à nos magnifiques vallées cévenoles, mais ça c'est mon avis.

J'ai trouvé ce poème très émouvant en repensant aux habitants de ces vallées, au meunier, aux personnes qui venaient moudre leur grain, enfin à ces anecdotes d'une autre époque qui, hélas se sont perdues.


LE VIEUX MOULIN

Bien avant que sonne l’Angélus du matin,

Je suis parti au hasard à travers les chemins.

La journée s’annonçait belle,

C’était le début du printemps.

Le coq de bonne heure avait réveillé le mitron,

Et déjà sur la place du petit bourg, le pain sentait bon.

Le soleil avec une extrême lenteur

Émergeait de la nuit qui s’effaçait doucement.

Les bergers, musettes en bandoulière,

Commençaient à sortir de leurs chaumières,

Et les maigres troupeaux grimpaient,

Les pentes arides de la colline.

Les clochettes et les chiens aux abois n’ont pas réveillé,

Le petit village qui dort encore.

Sur l’autre versant de la colline, au fond du vallon,

Des rayons d’or glissent sur la brume et la fait fondre.

La rivière roule ses eaux limpides,

Près d’un vieux moulin solitaire,

Tout enveloppé d’un doux feuillage vert.

Le meunier ne réapparaîtra plus,

Il est mort cet hiver.

Il a laissé dans sa demeure centenaire,

Tout l’ouvrage de sa vie.

Quelle insupportable tristesse !

Même le vallon en émoi, semble ne pas comprendre,

Ces mortelles douleurs.

Un voile de brume a caché,

Quelques instants le soleil, en signe de deuil.

Les oiseaux effarouchés se sont arrêtés de chanter.

Le vent à travers les branches gémit,

Pour épancher sa souffrance.

La rosée, sur l’aubépine rose,

A versé ses larmes de cristal étincelantes,

Et l’abeille immobile, étreint avec tristesse,

La fleur d’églantine qui rougit.

C’est un hommage au meunier, puisque son cœur ne bat plus.

Soudain, un effluve d’amour s’exhale de la vallée,

Pour faire revivre avec un légitime orgueil,

Ce rustique héritage.

La lumière se glisse à nouveau à travers les ramures,

Le deuil est fini, tout semble revivre,

L’entrain est sans pareil :

La rivière abreuve la vieille roue du moulin,

La spirée embaume les vapeurs d’eau,

Le thym et l’églantier prodiguent à nouveau leur arôme,

Le zéphyr dérobe les parfums qui se fondent,

Dans l‘air pur et frais du matin.

Les oiseaux en quête de pâture,

Cherchent partout le froment qui a disparu,

Les pinsons espiègles échangent quelques notes joyeuses,

Et les merles qui picotent les baies,

Murmurent malicieusement leurs secrets.

Que de choses merveilleuses entourent,

Encore ce moulin maintenant abandonné.

La métempsycose du vertueux meunier,

S’est arraché sans nul doute, à la mort.

C’est l’instant suprême où son âme,

Nous charme et nous séduit encore.

Doux fantôme errant, vient et saisi mon cœur,

Avide de tous les souvenirs du passé.

Éveille en moi, le chant solennel et éternel,

De ce moulin encore plein de gloire et de sagesse.

Je pense à cet instant, aux absents,

A ces hommes de la glèbe,

Au cœur fort et fière, si doux au malheur,

Qui apportaient ici, le grain à moudre.

Le vieux moulin ponctuait pour eux,

De brefs intermèdes de douceur et de joie,

Dans le rythme des tâches harassantes de tous les jours.

Alors autour de quelques chopines de vin acide,

En attendant leur tour pour écraser le grain,

Ils dépeçaient les nouvelles que chacun apportait,

Heureux de se sentir délivrés un instant, du fardeau quotidien.

Une vieille croix coiffe le sommet de la toiture,

Capitonnée de mousse chaude.

Les lichens roux ont colorés la façade de pierres.

Des guirlandes de lierre courent sur les murs,

Où nichent les lézards et les moineaux.

C’est presque un décor de fête,

Tellement la poésie est douce.

Mais toutes ces belles choses,

Ont, en elles aussi, leurs larmes et leurs misères.

Mais qui s’en souvient encore ?

La peine des morts, la tristesse des vivants,

Sont pourtant gravées à jamais sur ce décor,

Qui affecte le promeneur, lorsqu’il retrouve,

Ici, la mémoire incrustée de ces hommes.

Le meunier et les ouvriers de la glèbe,

Se sont acharnés à leur rude besogne.

Ils avaient l’orgueil de leur beau métier.

Aujourd’hui, l’attrait de ce haut lieu de culture,

N’est pas dû au hasard,

Ici, ce silence, ce calme enivrant,

N’ont rien de monotone, car cette masure solitaire,

Est devenue un temple de gloire,

Maintenant que l’on a brisé son essor.

Les oiseaux, les papillons, la fourmi ou le hérisson,

Le gardent ensemble avec un affectueux,

Respect qui l’entoure d’honneur.

Que d’effort a-t-il fallu faire pour monter,

Ces murs centenaires, au fond de cette vallée profonde,

Que d’effort a-t-il fallu faire,

Pour arracher à ce vallon, un tout petit morceau de pain.

J’imagine et je revois pêle-mêle, cette vie de misère,

Mélangeant les saisons, les jours et les nuits,

Sans rime ni raison.

Il me semble entendre encore ces hommes,

Trinquant un dernier verre, goûtant au philtre,

D’amour apaisant leur fatigue et leur colère.

J’entends leurs sabots remplis de paille,

Amorcer une bourrée, frappant dans leurs mains,

Pour ponctuer la cadence et leurs chansons.

Je suis resté là, la journée entière,

A goûter ce passé pauvre, mais merveilleux.

Ce géant de cette vallée sublime,

N’en méritait pas moins.

Et puis pour me tirer de mon rêve,

La brise errante me caressa le visage,

Avec la douceur d’un baiser, pour essuyer mes larmes.

Oh indicible beauté, dévorée par tant de tristesse,

Pourquoi ce dédain muet pour tant d’ouvrage accompli,

Ce moulin n’ était-il pas généreux à ses heures de gloire ?

Alors, quelle ingratitude secoue aujourd’hui notre mémoire.

Que le temps passe vite,

Que la mort est prompte,

C’est bien là, ma seule réponse !

Au loin, poursuivant sa route immuable,

Le soleil s’enroule à nouveau autour de la terre,

Laissant derrière lui quelques effluves d’or,

Qui inondent l’horizon, témoin de lendemains meilleurs.

La vallée aux multiples couleurs, redevient sombre,

La brume s’allonge à nouveau sur cette envoûtante rivière,

Tous les oiseaux se sont tus.

L’abeille est retournée à la ruche,

Les églantiers ont refermé leurs pétales de roses.

Au loin, l’angélus appelle une dernière fois à la prière,

Et déjà un croissant de lune émerge à nouveau.

Cette métamorphose si calme, si douce,

Près de ce temple sacré qui s’endort,

Abreuvera longtemps encore, les regards dolents,

Et plus d’un doigt furtif, j’en suis sûr,

Dérobera encore une larme de sagesse,

En écoutant chanter à nouveau,

L’éternel épithalame de ces beaux réveils matins.

Alors, mes espérances ne seront pas vaines,

Un jour, malgré ses blessures, le moulin renaîtra.


Après Monsieur Georges COMTE

Source du poème :

http://www.moulinaeau.org/spip.php?article465


Très émouvant ce poème, j'ai beaucoup aimé, lorsque je vois ces vielles bâtisses, j'imagine toujours la vie des habitants qui y vivaient, ça devait être dur à l'époque, le travail fourni pour nourrir sa famille.

Voir ma note sur le Moulin de Carrière à Villetelle 34, j'ai eu la chance de descendre au sous-sol pour visiter la salle des meules :

http://jaimelesmuseesetvieillespierres.blogs.midilibre.com/archive/2011/05/18/fait-moulin-a-ble-de-carriere.html